Mail indésirable : bloquer et gérer les spams
Le 3 mai 1978, Gary Thuerk, commercial chez DEC, envoya un message groupé à 600 contacts sur ARPANET pour promouvoir les produits de sa société. Ce geste, jugé irrespectueux des règles du réseau, inaugura l'ère du spam. Pourtant, le terme lui-même vient d'ailleurs : Hormel Food avait créé la marque SPAM (pour SPiced hAM) en 1937, et c'est la troupe d'humoristes britanniques des Monty Python qui, dans un sketch de 1970, associa ce nom aux messages répétitifs et envahissants. Aujourd'hui, le courrier indésirable ne se limite plus à la messagerie électronique : il envahit aussi les messageries instantanées et les réseaux sociaux. Comprendre ses mécanismes, c'est déjà se donner les moyens de s'en défendre.
Qu'est-ce qu'un mail indésirable ?
Définition et origines du spam
Un mail indésirable, aussi appelé pourriel ou spam, est un message électronique non sollicité, envoyé en masse à des fins publicitaires, commerciales ou malveillantes. L'expéditeur ne vous connaît pas : il a simplement obtenu votre adresse de messagerie d'une façon ou d'une autre, et vous inonde de contenu que vous n'avez jamais demandé.
L'histoire du terme est savoureuse. La marque de conserves SPAM, lancée par Hormel Food en 1937, fut détournée par les Monty Python dans un sketch où le mot se répétait à l'infini pour saturer toute conversation. Les pionniers d'Internet s'en emparèrent pour décrire ces messages omniprésents. Gary Thuerk, commercial chez DEC, est reconnu comme l'auteur du premier spam envoyé le 3 mai 1978 sur ARPANET, ancêtre d'Internet, à 600 destinataires simultanément.
Les buts des spammeurs
Derrière un courrier indésirable, il y a toujours une intention. Les spammeurs cherchent à vendre des produits ou des services, à diffuser de la publicité virale ou de la propagande. Mais les motivations peuvent être bien plus dangereuses.
Certains messages véhiculent des logiciels malveillants, comme des rançongiciels, capables de bloquer votre appareil et d'exiger une rançon. D'autres pratiquent l'hameçonnage (ou phishing) : ils usurpent l'identité d'une banque ou d'un service connu pour dérober vos données personnelles ou professionnelles. L'escroquerie à caractère financier complète ce tableau, avec des arnaques parfois très sophistiquées. Bref, un simple clic mal placé peut avoir des conséquences graves.
Comment protéger son adresse mail des spammeurs ?
Limiter la diffusion de son adresse email
La première ligne de défense, c'est la prudence au moment de partager votre adresse e-mail. Publier son adresse sur un réseau social, c'est s'exposer à une collecte automatisée par des robots. Je vous le déconseille franchement.
Soyez vigilant lors de la participation à des jeux-concours, de la réponse à des formulaires d'inscription ou de la validation de bons de commande. Avant d'accepter de recevoir des communications publicitaires ou des newsletters d'une marque, vérifiez sa fiabilité. Un manque de transparence sur ses pratiques de prospection directe est un signal d'alarme. Le consentement préalable que vous accordez a une vraie valeur juridique : ne le donnez pas à la légère.
Créer des adresses emails distinctes selon les usages
Compartimenter ses adresses de messagerie est l'une des stratégies les plus efficaces. Concrètement, utilisez une adresse dédiée aux réseaux sociaux, une autre pour vos échanges personnels, et une troisième pour vos achats sur les sites marchands. Votre adresse principale reste ainsi préservée de toute contamination.
Pour aller encore plus loin, envisagez l'usage d'un mail éphémère ou email jetable lors d'inscriptions ponctuelles. Cette approche empêche toute diffusion durable de vos données à des tiers et nettoie progressivement votre boîte de réception première.
Les bons réflexes face à un mail indésirable
Ne pas interagir avec les messages suspects
Répondre à un spam, c'est confirmer à l'expéditeur que votre adresse est active. Il redoublera alors d'efforts. La règle est simple : si vous ne connaissez pas l'expéditeur, ignorez le message.
N'ouvrez pas les pièces jointes douteuses. Ne cliquez pas sur les liens contenus dans des chaînes de messages ou dans des courriels inhabituels, même s'ils semblent provenir d'un expéditeur connu. Un message vide ou au contenu étrange de la part d'un contact habituel doit immédiatement éveiller vos soupçons. Voici les réflexes essentiels à adopter face à tout message suspect :
- Ne pas répondre à un message dont vous ne connaissez pas l'expéditeur
- Ne pas ouvrir les pièces jointes de messages non sollicités
- Ne pas cliquer sur les liens d'un courriel inhabituel, même si l'expéditeur semble connu
Gérer les contacts dont le compte a été piraté
Recevoir un spam d'un contact de confiance est déstabilisant. Pourtant, c'est souvent le signe d'un compte piraté. Ne répondez pas au message, et surtout, prévenez votre contact par un autre canal : un appel téléphonique ou un message instantané. Le signalement du mail envoie un rapport pour enquête au service concerné. Vous continuerez à recevoir les messages légitimes de cette personne une fois son compte sécurisé.
Les outils pour filtrer et bloquer les spams
Utiliser un logiciel ou filtre anti-spam
Un filtre anti-spam ou un logiciel anti-spam analyse les messages entrants et les classe automatiquement selon leur nature. Certains antivirus intègrent ce type de protection immédiatement dans leur suite. Microsoft 365, par exemple, filtre les courriers indésirables en évaluant d'abord la réputation du serveur source, puis en appliquant des facteurs de classification précis pour distinguer le spam ordinaire du spam à haut niveau de confiance.
Ces outils évitent que votre boîte de réception soit submergée. Pour les entreprises, des solutions comme Defender for Office 365 offrent des fonctionnalités avancées, notamment l'accès au BCL (niveau de plainte en bloc), disponible depuis septembre 2022, qui permet aux administrateurs d'analyser tous les expéditeurs en masse ayant ciblé leur organisation. Un essai gratuit de 90 jours est accessible sans abonnement préalable.
Créer des règles dans sa boîte de messagerie
Les règles de messagerie permettent d'automatiser le tri de vos messages. Vous pouvez paramétrer votre client de messagerie pour qu'il filtre, déplace ou supprime automatiquement certains types de courriels, selon des critères comme l'expéditeur, l'objet ou certains mots-clés.
Le blockage d'expéditeurs s'effectue directement dans les paramètres de configuration de votre messagerie électronique, qu'il s'agisse d'un webmail ou d'un client dédié. Créer des dossiers thématiques, par exemple pour les achats, les échanges professionnels ou les documents administratifs, facilite la recherche d'un message particulier et évite de confondre un courriel significatif avec un pourriel.
Marquer un mail comme indésirable et gérer son dossier spam
Marquer et déplacer les messages indésirables
Marquer un message comme spam dans votre interface de messagerie accomplit deux choses : il déplace le courriel hors de votre boîte de réception et il entraîne le filtre à reconnaître des messages similaires à l'avenir. C'est un geste simple, mais son effet est cumulatif.
L'opération inverse est tout aussi importante. Si un message légitime atterrit par erreur dans le dossier spam, il suffit de le marquer comme "non indésirable" pour le remettre dans la bonne catégorie. Surtout, ne videz jamais ce dossier sans y jeter un oeil : une facture, une réponse d'un service commercial suite à un litige ou une confirmation de commande peuvent s'y trouver.
Distinguer le dossier spam du dossier promotions
Le dossier spam et le dossier promotions sont deux choses différentes. L'onglet Promotions de Gmail, par exemple, regroupe les newsletters, invitations et messages commerciaux auxquels vous vous êtes inscrit. Ce n'est pas un dossier de courrier indésirable : vous y retrouverez des communications que vous avez volontairement sollicitées.
Il existe aussi une notion intermédiaire : le courrier gris, ou courrier électronique en bloc. Plus difficile à classifier que le spam classique, il concerne des messages marketing envoyés en masse, parfois avec consentement. Certains utilisateurs les souhaitent, d'autres les considèrent comme du pourriel. Vérifiez régulièrement vos catégories de boîte de réception pour ne rien manquer d'notable.

Se désabonner et supprimer les comptes inutilisés
Quand un expéditeur vous semble légitime, la bonne démarche est d'exercer votre droit au retrait du consentement préalable. Le lien de désabonnement ou de désinscription figure généralement en bas du message. Un clic suffit, et la société est légalement tenue de respecter cette demande.
Par ailleurs, pensez à supprimer ou désactiver les comptes que vous n'utilisez plus : anciens forums, services d'e-commerce abandonnés, applications oubliées. Chaque compte inactif représente un vecteur potentiel de diffusion de vos données personnelles à des tiers. Nettoyer ses inscriptions, c'est assécher progressivement la source du spam. Le désabonnement régulier des listes auxquelles vous ne souhaitez plus appartenir contribue directement à alléger votre messagerie électronique.
Se protéger contre les attaques avancées par mail
Identifier les liens malveillants dans les emails
Un lien suspect se démasque souvent sans même cliquer dessus. Positionnez juste le curseur de votre souris sur le lien et observez l'adresse qui s'affiche dans la barre de statut de votre navigateur. Si elle ne correspond pas au site attendu, vous avez probablement affaire à un site frauduleux.
Parfois, un seul caractère change dans l'URL pour tromper l'utilisateur (un "l" remplacé par un "1", par exemple). La protection contre les liens malveillants intégrée à certains clients de messagerie, comme Gmail ou Microsoft Outlook, lance une vérification automatique avant d'ouvrir la destination. C'est une protection utile, mais elle ne remplace pas votre vigilance personnelle face à l'hameçonnage.
Se défendre contre les bombes électroniques
Une attaque par mailbomb vise à saturer votre boîte de réception avec des milliers de messages en peu de temps, rendant toute utilisation normale impossible. Pour lancer cette attaque, le pirate n'a besoin que de votre adresse e-mail. C'est une méthode brutale, mais redoutablement efficace pour noyer vos messages légitimes.
Pour s'en sortir, activez les catégories de boîte de réception de votre messagerie. Elles classent automatiquement les courriels entrants (promotions, notifications sociales, etc.) et vous permettent de repérer plus facilement les messages notables au milieu du flot. Masquer votre adresse e-mail sur les réseaux sociaux et éviter de la publier en ligne réduit significativement ce risque.
Signaler un spam et alerter les autorités compétentes
Utiliser les outils de signalement disponibles
Signal Spam est le service de référence en France pour signaler tout message ou site douteux. Il propose une extension à installer directement sur votre navigateur ou votre client de messagerie, ce qui rend le signalement immédiat et sans friction. Chaque signalement alimente une base de données exploitée pour des actions répressives ciblées.
Signal Spam travaille en partenariat avec la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) pour identifier les organismes qui génèrent massivement du spam et engager des procédures de contrôle. Ce duo constitue le principal rempart institutionnel contre la prospection abusive en France.
Déposer une plainte en cas d'escroquerie
Vous avez demandé à une société de cesser tout contact, mais les spams continuent ? Déposez une plainte auprès de la CNIL. C'est votre droit, et la commission dispose de pouvoirs d'investigation réels. Les recours suivants sont possibles selon la gravité de la situation :
- Plainte auprès de la CNIL si une société continue de vous solliciter malgré votre opposition
- Dépôt de plainte au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie en cas d'escroquerie avérée
- Plainte écrite adressée au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent, avec toutes les preuves disponibles
Quelles sanctions juridiques pour les auteurs de spams ?
Les infractions liées à la prospection non consentie
La loi française est claire : la prospection directe sans consentement préalable est interdite. L'article L34-5 du Code des postes et communications électroniques et l'article L121-20-5 du Code de la consommation encadrent strictement l'envoi de messages électroniques à des fins commerciales. Tout message destiné à promouvoir un bien ou un service sans accord explicite de son destinataire constitue une infraction.
Le non-respect d'une injonction peut coûter cher. Selon l'article L470-1 du Code du commerce, une amende administrative de 3 000 euros maximum menace une personne physique, et 15 000 euros une personne morale. Plus grave encore : le traitement de données malgré l'opposition de la personne concernée expose l'auteur à cinq ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, selon l'article 226-18-1 du Code pénal.
Les sanctions liées aux pratiques commerciales trompeuses et à l'escroquerie
Une pratique commerciale trompeuse peut résulter d'un message qui crée une confusion avec une marque connue, ou qui s'appuie sur des informations fausses. Selon l'article L121-6 du Code de la consommation, la sanction atteint deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende. Ce montant peut même grimper à 10 % du chiffre d'affaires moyen annuel, ou à 50 % des dépenses engagées pour la publicité incriminée.
L'escroquerie au sens de l'article 313-1 du Code pénal est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. La tromperie en matière commerciale, sanctionnée par l'article L213-1 du Code de la consommation, prévoit des pénalités similaires. Face à ces arsenaux juridiques, les spammeurs ne sont pas sans recours légaux contre eux : signalez, documentez, agissez.
Gardez en tête que documenter chaque spam reçu, en conservant les en-têtes techniques du message, constitue une preuve précieuse si vous décidez d'engager une procédure. Un avocat spécialisé en droit du numérique peut vous guider efficacement dans ces démarches, notamment si vous êtes victime d'une campagne de phishing organisée ou d'une
- usurpation d'identité numérique
- fraude à la carte bancaire initiée par email
- tentative d'extorsion via rançongiciel
diffusée à grande échelle.
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